Carnet du 11/11/07
L’éducation
 
Au début de l’histoire de l’humanité, les gens n’avaient pas d’éducation. On disait même qu’ils ne savaient pas vivre, c’est peut-être pour ça qu’ils mouraient très jeunes.  Il existe plusieurs théories à ce manque d’éducation, la plus répandue est qu’on ne s’éduquait pas parce qu’on en avait pas encore besoin. Prenons par exemple, l’Histoire.  Puisque l’Histoire venait juste de commencer, il était normal qu’il n’y ait pas de cours d’Histoire, car tout le monde se souvenait déjà de toute l’Histoire par coeur.  Les mathématiques étaient, elles aussi, très simples puisque les gens n’avaient rien à compter.  Même chose pour l’anglais et le français; imaginez qu’il n’y avait même pas d’anglais ni de français au début de l’histoire.  Avec le temps, les gens apprenaient principalement de la tradition orale et les enfants faisaient le même métier que leurs parents.  Plusieurs siècles plus tard, l’humanité commença à devenir trop complexe pour tout savoir par cœur et les gens ont commencé à réaliser qu’ils devenaient ignorants.
 
Heureusement, un certain Charlemagne, roi de France, décida un lundi matin de l’an 789 d’inventer l’école pour sortir son peuple de l’ignorance, ce qui explique en partie pourquoi les français en savent toujours plus que les autres.  L’invention de l’école eut pour résultat de donner une pause bien méritée aux parents, en particulier les mères(1) qui rappelons-le, en plus d’ignorer la contraception, ne possédaient aucun appareil moderne pour faire le ménage et la cuisine. 
 
L’école évolua tranquillement au travers des siècles en introduisant quelques améliorations comme, par exemple, le bulletin. D’abord chiffré, puis déchiffré, puis lettré, puis illettré, puis simplifié, puis  désimplifié ainsi de suite, jusqu’à une révolution majeure en 1967 : le C.E.G.E.P.(2)
 
Étape incontournable du système d’éducation moderne québécois, le cégep introduit de nouvelles matières jusque-là inconnues. 
 
Le café étudiant : lieu de détente et de socialisation ou l’activité principale est de ne pas étudier.
 
L’initiation : espèce de graduation en début de session, elle consiste en plusieurs rites dont les principaux sont l’accoutrement ridicule et la beuverie.
 
Le party : se tenant une dizaine de fois par session, le party a graduellement remplacé la dictée devenue désuète.  Le party regroupe plusieurs matières comme l’éducation sexuelle pratique, l’étude expérimentale de l’effet de l’alcool et des drogues ainsi qu’un laboratoire sur la musique trop forte pour le système auditif. 
 
Le séchage : matière d’abord apprise à l’école secondaire, le séchage consiste à prendre congé de cours sans aucune raison, seulement parce qu’on a pas le goût d’y aller.  En dehors du système scolaire, le séchage s’appelle la lâcheté.  Cette matière constitue un pré-requis pour ceux qui prévoient plus tard fourrer l’impôt, larver sur l’aide sociale,  frauder l’assurance chômage, la CSST, la SAAQ, etc.  Ceux qui excellent dans le séchage peuvent un jour espérer travailler dans la fonction publique et les meilleurs peuvent même devenir sénateurs à Ottawa. 
 
La grève : afin d’envoyer un message clair aux millions de personnes dans le monde qui rêvent d’aller à l’école mais qui n’en ont pas les moyens, les cégépiens descendent dans les rues une fois par année pour crier leur désaccord avec l’universalité du système d’éducation actuel et ses frais de scolarité parmi les plus bas du monde occidental.  Ils protestent aussi contre les classes surpeuplées de 28 étudiants (quand tout le monde est là), le faible budget pour les sports, les voyages et les loisirs ou la piètre qualité du café. Ils déplorent également que le cannabis ne soit pas admissible au régime de prêts et bourses.
 
Aujourd’hui le gouvernement tente à nouveau de révolutionner le système d’éducation afin de le rendre encore plus accessible.  Par exemple, il ne sera plus nécessaire de connaître le français pour réussir le cours de français (3).  Cette idée révolutionnaire permettra à un plus grand nombre d’obtenir son diplôme. Si l’expérience est concluante, le principe sera transposé à toutes les matières.  Un étudiant en aéronautique aura le loisir de faire le party pendant deux ans et pourra ensuite construire des avions sans devoir apprendre l’aéronautique, idem pour les soins hospitaliers.  La forte demande en main d’œuvre qualifiée sera ainsi facilement comblée.  Il suffisait d’y penser.
 
Grâce à l’éducation, la connaissance du monde qui nous entoure et la transmission de son histoire, l’humanité peut être fière d’avoir établi un monde ou règne la justice, la paix, l’équilibre, la santé, l’épanouissement personnel, la compassion, l’entraide, l’égalité des chances malgré le sexe, la race, l’orientation sexuelle, le lieu de naissance ou la religion.  C’est dans ce savoir universel que notre société est aujourd’hui arrivée à son apogée.  Le savoir et la connaissance sont de loin la démonstration de ce que l’humain est capable de plus grandiose.  
 
Sacré Charlemagne!
 
      
(1) Ce n’est que beaucoup plus tard au 20e siècle que le l’idée de  l’égalité des sexes fut proposée.  Malheureusement, malgré son adoption dans plusieurs pays, il faudra probablement encore attendre quelques siècles avant que ce principe  ne devienne un fait concret.
 
(2) Collèges pour l’Éducation d’une Génération Extrêmement Paresseuse
 
(3) Cette mesure solutionne également le problème des professeurs de français qui ne connaissent pas le français.
 
 
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